La rentrée 2026 s'annonce particulièrement importante pour les négociations salariales.
Après une période d'accalmie sur les prix, l'inflation est repartie à la hausse, notamment sous l'effet du renchérissement de l'énergie. Dans le même temps, la croissance française reste très faible et les entreprises évoluent dans un environnement économique et géopolitique particulièrement incertain.
Pour les représentants du personnel et les organisations syndicales, les prochaines négociations salariales devront donc trouver un équilibre délicat entre préservation du pouvoir d'achat des salariés et situation économique réelle de l'entreprise.

Une économie française presque à l'arrêt
La conjoncture s'est nettement dégradée au cours de l'année 2026.
La Banque de France ne prévoit désormais qu'une croissance du PIB de 0,4 % en 2026, avant un éventuel redressement à 0,9 % en 2027.
Au deuxième trimestre 2026, la croissance française a été nulle.
Plusieurs facteurs pèsent sur l'activité :
- Faiblesse de la consommation ;
- Prudence des entreprises en matière d'investissement ;
- Coût du financement ;
- Incertitudes budgétaires françaises ;
- Tensions géopolitiques internationales ;
- Hausse des prix de l'énergie.
Le marché de l'emploi commence également à se dégrader. Le taux de chômage atteignait 8,3 % au deuxième trimestre 2026 et la Banque de France anticipe 8,4 % en fin d'année.
Cette situation économique constituera nécessairement l'un des arguments avancés par les directions lors des prochaines négociations salariales.
Mais l'inflation est revenue au premier plan
La situation est paradoxale.
Alors que l'activité économique ralentit, les prix accélèrent de nouveau.
En août 2026, les prix à la consommation ont augmenté de 2,4 % sur un an en France. La Banque de France prévoit désormais une inflation moyenne de 2,3 % sur l'ensemble de l'année 2026, contre seulement 0,9 % en 2025.
Cette reprise de l'inflation s'explique en grande partie par les prix de l'énergie.
Et ses effets sont directement perceptibles dans le budget des ménages.

Le retour du choc énergétique
Le prix des carburants constitue sans doute l'un des exemples les plus visibles de cette évolution.
Au 20 septembre 2026, les prix moyens constatés en France atteignent environ :
- 2,41 euros le litre de gazole ;
- 2,19 euros le litre de SP95-E10 ;
- 2,29 euros le litre de SP98.
En seulement un mois, le gazole a augmenté d'environ 17 centimes par litre.
Pour un salarié utilisant quotidiennement son véhicule pour se rendre au travail, la conséquence sur le budget mensuel peut devenir significative.
À cela peuvent s'ajouter les conséquences indirectes de la hausse de l'énergie : transport, chauffage, alimentation, coûts de production ou encore prix de certains services.
Le pouvoir d'achat redevient donc naturellement un sujet central des négociations.
Des salaires qui n'ont pas encore rattrapé la remontée récente des prix
Au deuxième trimestre 2026, le salaire mensuel de base dans le secteur privé progressait de 1,9 % sur un an.
Les augmentations négociées dans les accords d'entreprise étaient, quant à elles, de l'ordre de 1,7 %.
Ces accords avaient cependant, pour beaucoup, été conclus avant la nouvelle poussée inflationniste liée à l'énergie.
Il existe donc un décalage entre la situation qui prévalait au moment des dernières NAO et celle à laquelle les salariés sont aujourd'hui confrontés.
C'est précisément ce qui rend les négociations de fin 2026 particulièrement importantes.
Quelles augmentations salariales pour 2027 ?
Les premières enquêtes réalisées auprès des entreprises font apparaître des budgets d'augmentation qui pourraient se situer autour de 3 % en 2027, avec évidemment de fortes différences selon les entreprises, les secteurs et les métiers.
Il faut toutefois être prudent avec ce chiffre.
Une moyenne nationale n'indique pas ce qu'une entreprise particulière est réellement capable de distribuer.
Dans certaines entreprises confrontées à une baisse d'activité ou de leurs marges, les possibilités seront limitées.
À l'inverse, une entreprise qui affiche une croissance soutenue, des résultats élevés, une trésorerie importante ou verse des dividendes significatifs ne pourra pas nécessairement invoquer la seule faiblesse de la conjoncture nationale pour justifier une politique salariale restrictive.
La bonne question n'est donc pas seulement : « combien les entreprises vont-elles augmenter les salaires en 2027 ? », mais : « quelles sont réellement les marges de manœuvre de notre entreprise ? ».

Avant la NAO : analyser la situation économique de l'entreprise
C'est ici que les informations dont disposent le CSE et les représentants syndicaux prennent toute leur importance.
Avant d'engager les négociations, plusieurs indicateurs méritent d'être examinés sur plusieurs années :
- Évolution du chiffre d'affaires ;
- Évolution des marges et du résultat ;
- Productivité ;
- Trésorerie et endettement ;
- Investissements ;
- Dividendes versés ;
- Évolution des effectifs ;
- Recours à l'intérim ou à la sous-traitance ;
- Évolution de la masse salariale ;
- Augmentations générales et individuelles accordées les années précédentes ;
- Écarts entre catégories professionnelles ;
- Prévisions d'activité et budget 2027.
La BDESE constitue à cet égard une source d'information essentielle.
La consultation annuelle sur la situation économique et financière peut également permettre au CSE de disposer d'une analyse beaucoup plus précise des marges de manœuvre de l'entreprise.
Ne pas regarder uniquement l'inflation
L'inflation constitue évidemment un indicateur important, mais elle ne peut pas être le seul élément de la négociation.
Une analyse pertinente doit également prendre en compte :
Le partage de la valeur
Quelle part de la richesse créée bénéficie aux salariés, aux investissements et aux actionnaires ?
Les résultats de l'entreprise
Sont-ils en progression ou en recul ? Les difficultés invoquées par la direction sont-elles temporaires ou structurelles ?
Les rémunérations réelles
Une moyenne peut masquer d'importantes disparités entre catégories de salariés.
Les difficultés de recrutement
Certains métiers peuvent nécessiter des ajustements salariaux spécifiques pour attirer ou conserver les compétences.
Les avantages périphériques
Prime de partage de la valeur, intéressement, participation, titres-restaurant, indemnités de transport ou dispositifs de mobilité peuvent également faire partie de la discussion.
Attention toutefois : une prime ponctuelle ne produit pas les mêmes effets qu'une augmentation du salaire de base, qui est durable et se répercute notamment sur les droits sociaux futurs.
Septembre/octobre : le bon moment pour préparer les négociations
Attendre l'ouverture officielle des NAO pour commencer à travailler est souvent trop tard.
Dès septembre, représentants du personnel et organisations syndicales peuvent :
- Recueillir les attentes des salariés ;
- Analyser les comptes de l'entreprise ;
- Examiner les prévisions 2027 ;
- Comparer l'évolution des salaires et de l'inflation ;
- Mesurer l'évolution du pouvoir d'achat ;
- Identifier les catégories de salariés qui ont le moins bénéficié des augmentations précédentes ;
- Construire plusieurs scénarios de revendications ;
- Préparer les questions à poser à la Direction.
Cette préparation permet de passer d'une revendication générale du type « les prix augmentent, il faut augmenter les salaires » à un argumentaire beaucoup plus solide :
« Voilà l'évolution des prix, voilà celle des salaires, voilà les résultats de l'entreprise et voilà les marges de manœuvre dont elle dispose. »
La discussion change alors totalement de nature.

Conclusion : les NAO 2027 s'annoncent particulièrement sensibles
Les négociations salariales de fin 2026 se dérouleront dans un contexte inhabituel : faible croissance économique mais retour de tensions inflationnistes liées notamment à l'énergie.
Pour les salariés, la question du pouvoir d'achat redevient centrale.
Pour les entreprises, les incertitudes économiques incitent à la prudence.
Dans ce contexte, les représentants du personnel ont tout intérêt à préparer les négociations sur la base de données objectives et propres à leur entreprise.
La meilleure négociation salariale n'est pas nécessairement celle qui formule la revendication la plus élevée.
C'est celle qui connaît précisément les marges de manœuvre de l'entreprise et qui peut démontrer, chiffres à l'appui, ce qu'il est possible de négocier.
CEOLIS accompagne les CSE dans l'analyse de la situation économique et financière de leur entreprise afin de leur permettre de mieux comprendre les résultats, les perspectives et les marges de manœuvre disponibles.
Didier FORNO
Expert du CSE
CEOLIS
Publié le 21/09/2026