Quels documents peut demander l'expert-comptable du CSE ?

Lorsqu'il est désigné par le comité social et économique (CSE), l'expert-comptable dispose de droits d'accès à l'information étendus afin de réaliser sa mission.

L'employeur doit lui fournir les informations nécessaires à l'exercice de celle-ci. Dans le cadre de la consultation sur la situation économique et financière, l'expert-comptable dispose même, pour effectuer ses vérifications et contrôles, d'un accès aux mêmes documents que le commissaire aux comptes de l'entreprise.

L'expert peut donc demander bien davantage que les seuls documents figurant dans la BDESE.

Toutefois, les documents demandés doivent présenter un lien avec la mission qui lui a été confiée.

Que prévoit le Code du travail ?

L'article L.2315-83 du Code du travail pose un principe général très clair :

l'employeur fournit à l'expert les informations nécessaires à l'exercice de sa mission.

Cette obligation concerne les expertises réalisées dans les différents cas prévus par le Code du travail.

Pour l'expertise portant sur la situation économique et financière, les pouvoirs de l'expert sont particulièrement étendus.

L'article L.2315-89 précise que sa mission porte sur tous les éléments d'ordre économique, financier, social ou environnemental nécessaires à la compréhension des comptes et à l'appréciation de la situation de l'entreprise.

L'article L.2315-90 ajoute que, pour effectuer les vérifications et contrôles entrant dans sa mission, l'expert-comptable a accès aux mêmes documents que le commissaire aux comptes de l'entreprise.

L'expert est-il limité aux informations de la BDESE ?

Non.

La BDESE constitue une source importante d'informations pour le CSE, mais elle ne constitue pas la limite du droit d'investigation de l'expert-comptable.

L'expert peut demander d'autres documents lorsqu'ils sont nécessaires à la réalisation de sa mission.

Cette distinction est importante.

La BDESE répond aux obligations d'information du CSE. L'expert-comptable, quant à lui, doit être en mesure de réaliser une analyse économique, financière et sociale approfondie.

Il peut donc avoir besoin d'accéder à des données beaucoup plus détaillées que celles présentées aux élus.

Qui décide des documents utiles à l'expertise ?

En principe, c'est l'expert-comptable qui apprécie les documents utiles à l'exercice de sa mission.

La Cour de cassation l'a encore rappelé dans un arrêt du 4 mars 2026 : il appartient au seul expert-comptable d'apprécier les documents utiles à sa mission. En cas de litige, il appartient toutefois au juge d'apprécier si les documents réclamés sont nécessaires au regard de cette mission.

L'employeur ne peut donc pas décider unilatéralement qu'un document demandé par l'expert serait inutile.

En revanche, si un désaccord persiste, le juge peut être amené à apprécier le lien entre les documents demandés et l'objet de l'expertise.

Quels documents peuvent être demandés pour la situation économique et financière ?

La liste dépend de la situation de l'entreprise et des enjeux identifiés.

L'expert peut notamment demander, lorsque ces informations existent et sont utiles à sa mission :

Documents comptables

Ces éléments permettent de comprendre précisément la formation du résultat et l'évolution de la situation financière.

Budgets et prévisions

L'analyse ne porte pas uniquement sur le passé.

L'expert peut également avoir besoin de consulter :

Ces documents sont particulièrement importants lorsque l'entreprise prévoit une baisse d'activité, une restructuration, des investissements importants ou une évolution significative de ses effectifs.

Documents relatifs à la trésorerie et au financement

L'expert peut notamment examiner :

L'objectif est notamment de comprendre les conditions de financement de l'entreprise et les éventuels flux financiers avec son groupe.

Informations concernant le groupe

Lorsqu'une entreprise appartient à un groupe, l'analyse de sa seule comptabilité sociale peut être insuffisante.

Selon les besoins de la mission, l'expert peut être amené à demander :

La Cour de cassation a encore rappelé en mars 2026 que l'appréciation de la situation économique et financière d'une entreprise peut nécessiter l'étude de sa place et de son rôle au sein du groupe, sous réserve que les documents demandés soient nécessaires à la mission.

Données commerciales et opérationnelles

L'analyse financière doit souvent être rapprochée de l'activité réelle de l'entreprise.

L'expert peut donc avoir besoin de données telles que :

Ces données permettent notamment de comprendre pourquoi la marge ou le résultat évoluent.

Quels documents peuvent être demandés dans le cadre de la politique sociale ?

L'article L.2315-91-1 du Code du travail prévoit que la mission de l'expert porte sur tous les éléments économiques, financiers, sociaux ou environnementaux nécessaires à la compréhension de la politique sociale de l'entreprise, des conditions de travail et de l'emploi.

Selon les sujets analysés, l'expert peut notamment demander :

Effectifs et emploi

Rémunérations

L'expert peut notamment avoir besoin d'informations concernant :

Ces informations peuvent être demandées sous une forme permettant de respecter la confidentialité des données individuelles lorsque cela est nécessaire.

Formation professionnelle

L'expert peut notamment analyser :

Conditions de travail

Selon le périmètre de la consultation et la mission confiée, peuvent notamment être utiles :

L'expert peut-il demander des fichiers Excel ou des données brutes ?

Oui, lorsque cela est nécessaire à son analyse.

La remise d'un document PDF synthétique ne permet pas toujours à l'expert d'effectuer les contrôles et retraitements nécessaires.

Il peut donc être utile de demander les données sous un format exploitable, par exemple :

L'objectif n'est pas de demander un format pour lui-même, mais de disposer d'informations permettant réellement de réaliser l'analyse.

L'employeur doit-il créer un document qui n'existe pas ?

En principe, l'expert ne peut pas imposer à l'employeur de créer un document qui n'existe pas et dont l'établissement n'est pas obligatoire.

Cette distinction est importante.

L'expert peut demander :

mais il ne peut pas systématiquement exiger la création d'une étude ou d'un document nouveau que l'entreprise n'établit pas.

La jurisprudence rappelle cette limite du droit de communication.

L'employeur peut-il invoquer la confidentialité ?

La confidentialité d'une information ne permet pas, à elle seule, de refuser sa communication à l'expert lorsqu'elle est nécessaire à sa mission.

L'expert est lui-même soumis à des obligations de secret et de discrétion, prévues notamment par l'article L.2315-84 du Code du travail.

Ces obligations permettent de concilier les besoins de l'expertise avec la protection des informations confidentielles de l'entreprise.

Dans quel délai l'employeur doit-il fournir les informations ?

Le calendrier est particulièrement court.

L'article R.2315-45 du Code du travail prévoit que l'expert demande à l'employeur, au plus tard dans les trois jours suivant sa désignation, les informations complémentaires qu'il juge nécessaires.

L'employeur dispose ensuite de cinq jours pour répondre à cette demande.

Il est donc important que le CSE prévienne rapidement l'expert de sa désignation afin que celui-ci puisse engager ses demandes documentaires.

Que faire lorsque les documents ne sont pas communiqués ?

Le premier réflexe consiste généralement à préciser à l'employeur :

Un échange avec la Direction peut permettre de lever rapidement un malentendu.

Lorsque le refus persiste et empêche la réalisation de la mission, une action judiciaire peut devenir nécessaire afin d'obtenir la communication des informations.

Le juge pourra alors apprécier la nécessité des documents demandés au regard de l'objet de l'expertise. La Cour de cassation l'a expressément rappelé le 4 mars 2026.

L'expert peut-il demander des informations sur plusieurs années ?

Oui, lorsqu'une analyse pluriannuelle est nécessaire.

Comprendre une évolution économique ou sociale suppose très souvent de comparer plusieurs exercices.

Par exemple, l'expert peut avoir besoin d'analyser :

L'expertise ne doit donc pas être mécaniquement limitée à la seule année faisant l'objet de la consultation.

Quelques exemples de documents fréquemment demandés

Domaine Exemples de documents
Comptabilité comptes annuels, balance, grand livre, comptabilité analytique
Prévisions budgets, forecasts, business plans
Trésorerie emprunts, cash-pooling, comptes courants
Groupe comptes consolidés, conventions intragroupe, prix de transfert
Activité CA par activité, marges, volumes, carnet de commandes
Emploi effectifs, entrées/sorties, intérim, CDD
Rémunérations masse salariale, salaires, primes, augmentations
Formation dépenses, bénéficiaires, heures de formation
Conditions de travail absentéisme, AT/MP, temps de travail

Cette liste est indicative et non exhaustive.

Les demandes doivent toujours être adaptées à l'entreprise et à la mission confiée à l'expert.

En résumé

Trois principes doivent être retenus.

1. L'employeur doit fournir les informations nécessaires

C'est le principe posé par l'article L.2315-83 du Code du travail.

2. L'expert détermine les documents utiles à sa mission

Il ne revient pas à l'employeur de limiter unilatéralement les investigations de l'expert.

Documents pouvant être demandés par l'expert-comptable du CSE

3. Les demandes doivent rester en lien avec la mission

En cas de litige, le juge peut apprécier la nécessité des documents sollicités.

L'expertise du CSE n'est donc pas limitée aux documents déjà remis aux élus ou présents dans la BDESE. Elle peut nécessiter l'accès à des informations comptables, financières, sociales, opérationnelles ou relatives au groupe beaucoup plus détaillées.

CEOLIS accompagne les CSE

Dans le cadre de ses missions d'expertise, CEOLIS adapte ses demandes documentaires aux caractéristiques de l'entreprise et aux préoccupations des élus.

L'objectif n'est pas d'accumuler les documents, mais d'obtenir les informations réellement nécessaires pour comprendre la situation de l'entreprise, identifier les enjeux et apporter au CSE une analyse utile à sa consultation.

Textes de référence

CEOLIS - Expertise comptable au service des élus du CSE

Mis à jour : octobre 2026.