Le forfait annuel en jours poursuit sa progression dans les entreprises françaises. Selon une récente étude de la Dares, plus de 2,4 millions de salariés du secteur privé sont désormais concernés en 2024, soit 15,1 % des salariés à temps complet. Une dynamique qui s’accélère depuis plusieurs années et qui reflète l’évolution des modes d’organisation du travail, notamment pour les fonctions à forte autonomie.
Un dispositif devenu central pour les cadres
Introduit au début des années 2000 avec la mise en place des 35 heures, le forfait jours repose sur une logique différente du décompte horaire traditionnel. Le temps de travail n’est plus comptabilisé en heures hebdomadaires, mais en nombre de jours travaillés sur l’année, dans la limite générale de 218 jours.

Ce mode d’organisation concerne principalement les cadres. En 2024, plus de 56 % des cadres à temps complet relèvent d’un forfait jours. Les fonctions administratives, commerciales, techniques ou de management sont particulièrement représentées.
Le dispositif s’étend également, dans une moindre mesure, aux salariés non cadres disposant d’une réelle autonomie dans l’organisation de leur activité.
Une organisation du travail associée à davantage d’autonomie
Le forfait jours répond avant tout à des métiers où la gestion du temps ne peut être strictement encadrée par des horaires fixes. Les salariés concernés disposent généralement d’une plus grande liberté dans l’organisation de leurs journées.
L’étude montre ainsi que près de 8 salariés au forfait jours sur 10 déclarent pouvoir choisir leurs horaires, totalement ou partiellement. Le télétravail y est également beaucoup plus développé : plus d’un salarié sur deux en forfait jours télétravaille au moins une fois par semaine.
Cette autonomie s’accompagne toutefois d’une forte implication professionnelle et d’une charge de travail souvent plus élevée.
Des durées de travail plus importantes
Les salariés au forfait jours travaillent en moyenne davantage que les salariés soumis à un décompte horaire classique.
En 2024, leur durée annuelle effective de travail atteint 1 821 heures, soit plus de 200 heures supplémentaires sur l’année par rapport aux salariés à temps complet décomptés en heures.
La durée hebdomadaire habituelle s’élève en moyenne à 42,7 heures. Les cadres au forfait jours dépassent même régulièrement les 44 heures hebdomadaires.
L’étude souligne également une présence plus fréquente du travail en soirée, notamment entre 20h et minuit, traduisant parfois une extension des journées de travail au-delà des horaires habituels.
Une pratique particulièrement répandue dans certains secteurs
Le recours au forfait jours varie fortement selon les secteurs d’activité et la taille des entreprises.
Les secteurs de la finance, de l’assurance, de l’information-communication ou encore de l’ingénierie figurent parmi les plus utilisateurs. Dans certaines activités technologiques ou financières, près d’un salarié sur trois est concerné.

Les grandes entreprises recourent également davantage à ce dispositif. Plus de 23 % des salariés à temps complet des entreprises de plus de 500 salariés sont aujourd’hui au forfait jours.
Cette progression s’explique notamment par :
- Une présence plus importante de cadres ;
- Des organisations du travail plus flexibles ;
- Une capacité plus forte à négocier des accords collectifs encadrant le dispositif.
Un équilibre à trouver entre flexibilité et prévention des risques
Le forfait jours constitue un levier important de souplesse organisationnelle pour les entreprises et un facteur d’autonomie apprécié par de nombreux salariés.
Mais son développement implique également une vigilance accrue sur plusieurs sujets :
- La charge de travail réelle ;
- Le respect des temps de repos ;
- La prévention des risques psychosociaux ;
- Le droit à la déconnexion ;
- Le suivi managérial.

Le cadre légal impose d’ailleurs aux employeurs d’assurer un suivi régulier de la charge de travail et de garantir le respect des temps de repos quotidiens et hebdomadaires.
Dans un contexte de transformation des modes de travail et de généralisation du télétravail, le forfait jours continue ainsi de s’imposer comme un modèle structurant pour les organisations, à condition d’être correctement encadré.
Source : Dares Analyses, mai 2026 — « Qui sont les salariés au forfait en jours et comment leur travail s’organise-t-il ? »
Didier FORNO
Assistance du CSE
CEOLIS
Publié le 28/05/2026