Salaires records, bonus indexés sur le court terme, parachutes dorés… Chaque crise industrielle semble raconter la même histoire. Derrière l’image du « grand patron génial », les élus du CSE découvrent souvent des entreprises affaiblies, des emplois menacés et une stratégie sacrifiée à la rentabilité immédiate. Cet article décrypte un phénomène clé pour comprendre les décisions des directions et mieux défendre l’intérêt des salariés.

 

Le cas emblématique de Carlos Tavares

Longtemps présenté comme un dirigeant visionnaire, Carlos Tavares a incarné aux yeux des marchés financiers le patron performant, capable d’augmenter rapidement la rentabilité d’un grand groupe industriel.

Grands patrons trop payés
 

Mais derrière les indicateurs financiers flatteurs à court terme, de nombreuses critiques ont émergé :

  • Réduction drastique des coûts,
  • Pression accrue sur les sites industriels,
  • Désengagement sur l’investissement de long terme,
  • Tensions sociales durables.

Pendant que les salariés subissaient restructurations et incertitudes, la rémunération du dirigeant atteignait des niveaux spectaculaires : salaire fixe élevé, bonus annuels, stock-options et indemnités de départ. Un décalage de plus en plus difficilement compréhensible pour les représentants du personnel.

 

Dernière minute : Stellantis enregistre environ 22,2 milliards d’euros de charges exceptionnelles au deuxième semestre 2025, conséquence d’un réajustement brutal de sa stratégie après avoir surestimé le marché des véhicules électriques. Ces charges reflètent notamment la révision à la baisse de projets et outils liés à l’électrique, des ajustements de la chaîne d’approvisionnement et d’autres réorganisations.

Du fait de ces charges, le groupe anticipe une perte nette importante pour l’exercice 2025, ce qui conduit Stellantis à annuler le versement de dividendes en 2026.

Environ 6,5 milliards d’euros de cash seront dépensés sur les quatre prochaines années pour absorber ces effets, tandis que la réception des marchés a été sévère : l’action a chuté d’environ 22 % à plus de 25 % en Bourse.

Ce réajustement stratégique est présenté comme un « reset » par la nouvelle direction, visant à réaligner les produits et investissements sur les attentes réelles du marché après des investissements jugés trop optimistes dans l’électrique.

 

Toujours le même scénario : gros chèques et dégâts durables

Des rémunérations déconnectées de la réalité sociale

Dans de nombreux grands groupes, la rémunération des dirigeants repose sur des critères financiers immédiats :

  • Marge opérationnelle,
  • Cours de Bourse,
  • Objectifs annuels de cash-flow.

Conséquence directe : les décisions sont orientées vers le court terme, même lorsqu’elles fragilisent l’entreprise à moyen ou long terme.

Pour les élus du CSE, cela se traduit par :

  • Suppressions de postes,
  • Gel des salaires,
  • Dégradation des conditions de travail,
  • Réduction des budgets sociaux.

 

A ne pas confondre avec la gestion des Dirigeants de PME, qui raisonnent sur le long terme et risquent souvent leur patrimoine personnel !

 

Les bonus, moteurs d’une stratégie à courte vue

Les dirigeants concernés ne sont pas nécessairement « mauvais » techniquement. Mais leur système d’incitation les pousse à agir comme des chasseurs de primes :

  • Maximiser les résultats pendant 2 ou 3 ans,
  • Sécuriser leurs bonus et leur réputation,
  • Quitter le groupe avant que les effets négatifs apparaissent.

Le parachute doré joue alors le rôle d’assurance tous risques : même en cas d’échec industriel, le dirigeant part avec plusieurs millions d’euros.

Patrons chasseurs de primes

 

Le mythe du patron génial : une croyance encore tenace

Pourquoi les actionnaires et les politiques y croient encore ?

Malgré les échecs répétés, le mythe du dirigeant providentiel reste très fort. Plusieurs raisons expliquent cette persistance :

  • Culture financière dominante centrée sur la rentabilité immédiate,
  • Recrutement en vase clos (les mêmes profils circulent d’un groupe à l’autre),
  • Communication institutionnelle très maîtrisée,
  • Faible remise en cause des conseils d’administration.

Un dirigeant qui « rassure les marchés » est souvent préféré à un dirigeant qui investit sur 10 ou 15 ans...

 

Quand l’échec devient invisible… pour les décideurs

Les conséquences réelles des stratégies court-termistes apparaissent souvent après le départ du dirigeant :

  • Perte de compétences clés,
  • Sous-investissement industriel,
  • Climat social dégradé,
  • Dépendance excessive à la sous-traitance ou à l’endettement.

Ce sont les salariés, les territoires et parfois l’État qui en paient le prix, jamais les dirigeants eux-mêmes.

 

Pourquoi ce sujet est central pour les élus du CSE

Comprendre les logiques de gouvernance

Le CSE a un rôle essentiel à jouer pour démystifier la performance affichée.
Analyser la stratégie de la direction, c’est aussi comprendre :

  • Comment sont construits les objectifs du dirigeant,
  • À quoi sont indexés les bonus,
  • Quels arbitrages sont faits entre dividendes, investissements et emploi.

 

Un levier pour les consultations économiques

Lors des consultations récurrentes (orientations stratégiques, situation économique et financière), les élus peuvent poser des questions clés :

  • Les choix actuels servent-ils la pérennité de l’entreprise ?
  • Quelle part de la richesse est réellement consacrée à l’investissement et à l’emploi ?
  • Les efforts demandés aux salariés sont-ils cohérents avec la politique de rémunération des dirigeants ?

 

Encadré pratique – À analyser dans les comptes

  • Évolution des investissements industriels,
  • Coûts de restructuration,
  • Rémunération globale des dirigeants,
  • Dividendes versés vs efforts demandés aux salariés.

 

Le rôle clé de l’expertise CSE

Face à des montages financiers complexes et une communication souvent très orientée, les élus ne peuvent pas tout décrypter seuls.

L’expert-comptable du CSE permet de :

  • Analyser objectivement la stratégie,
  • Mettre en lumière les choix de court terme,
  • Comparer la rémunération des dirigeants avec la situation réelle de l’entreprise,
  • Outiller les élus pour un dialogue social plus équilibré.

Chez CEOLIS, nous accompagnons exclusivement les CSE pour transformer les chiffres en arguments compréhensibles et utiles.

 

Conclusion : sortir du mythe pour défendre l’avenir

Les "grands patrons" payés à prix d’or ne sont pas toujours des stratèges visionnaires. Trop souvent, ils optimisent leur rémunération personnelle au détriment de la solidité de l’entreprise.
Pour les élus du CSE, comprendre ces mécanismes est une étape essentielle pour défendre l’emploi, les conditions de travail et l’avenir collectif.

Besoin d’y voir clair sur la stratégie et la gouvernance de votre entreprise ?
Contactez un expert CEOLIS ou consultez nos fiches pratiques dédiées à l’analyse financière et stratégique pour les CSE.

Didier FORNO

Expert CSE

CEOLIS

Publié le 09/02/2026