Introduction
L’arrivée massive de l’intelligence artificielle dans les entreprises transforme profondément l’organisation du travail. Automatisation de certaines tâches, restructurations, suppressions de postes : ces évolutions peuvent provoquer un phénomène souvent sous-estimé, le syndrome du survivant. Pour les élus du CSE, comprendre et anticiper ces effets devient un enjeu majeur de prévention des risques psychosociaux.

L’intelligence artificielle : un bouleversement pour l’emploi
L’intelligence artificielle (IA) s’impose progressivement dans tous les secteurs : industrie, services, finance, ressources humaines, relation client.
Ses promesses sont nombreuses :
- Automatisation des tâches répétitives,
- Gains de productivité,
- Aide à la décision,
- Amélioration de l’analyse de données.
Mais ces transformations s’accompagnent aussi de réorganisations importantes.
Dans certaines entreprises, l’intégration de solutions d’IA peut entraîner :
- La suppression de certains postes,
- La transformation profonde de métiers existants,
- La réduction des effectifs dans certaines fonctions support.
Ces changements peuvent être progressifs ou intervenir dans le cadre de plans de restructuration ou de licenciements économiques.
Quand l’IA crée un nouveau syndrome du survivant
Lorsqu’une entreprise réduit ses effectifs après l’introduction d’outils d’intelligence artificielle, les salariés restants peuvent ressentir ce que l’on appelle le syndrome du survivant.
Ce phénomène, déjà observé lors des plans sociaux traditionnels, prend aujourd’hui une dimension particulière.
Les salariés peuvent éprouver :
- Un sentiment de culpabilité vis-à-vis des collègues remplacés ou licenciés,
- Une peur d’être remplacés à leur tour par une technologie,
- Une perte de sens du travail lorsque certaines compétences deviennent obsolètes,
- Une pression accrue pour prouver leur valeur face à l’IA.
Cette situation peut créer un climat d’incertitude durable au sein des équipes.
Une transformation qui modifie profondément le rapport au travail
Contrairement aux restructurations classiques, les transformations liées à l’IA touchent parfois le cœur même des compétences professionnelles.
Les salariés peuvent se demander :
- Leur métier existera-t-il encore dans quelques années ?
- Leurs compétences resteront-elles utiles ?
- L’entreprise investira-t-elle dans leur formation ?
Cette remise en question peut générer :
- Du stress professionnel,
- Un sentiment d’insécurité permanent,
- Une baisse d’engagement dans l’entreprise.
Dans certains cas, les salariés restants doivent également apprendre à travailler avec de nouveaux outils technologiques, parfois sans accompagnement suffisant.

Un risque psychosocial à anticiper
Le syndrome du survivant lié aux transformations technologiques constitue un risque psychosocial (RPS).
Or, l’employeur reste tenu par son obligation de sécurité en matière de santé mentale et physique des salariés.
Cela implique notamment :
- L’évaluation des risques liés aux transformations organisationnelles,
- La mise en place d’actions de prévention,
- L’adaptation de la charge de travail et des compétences.
Les projets d’introduction d’outils d’IA peuvent donc avoir un impact direct sur les conditions de travail, ce qui justifie pleinement l’intervention du CSE.
Le rôle clé du CSE face aux transformations liées à l’IA
Les élus du CSE disposent de plusieurs leviers pour anticiper les conséquences sociales de l’intelligence artificielle.
1. Anticiper les transformations
Les projets d’introduction d’IA s’inscrivent souvent dans la stratégie globale de l’entreprise.
Dans ce cadre, la consultation du CSE sur les orientations stratégiques est un moment clé pour :
- Comprendre les projets technologiques,
- Identifier les métiers potentiellement impactés,
- Anticiper les évolutions d’emploi.
L’objectif est d’éviter de subir les transformations une fois qu’elles sont déjà engagées.
2. Analyser les impacts sur l’emploi et les compétences
L’introduction de l’IA pose plusieurs questions importantes pour le CSE :
- Quels métiers vont évoluer ou disparaître ?
- Quels besoins de formation vont apparaître ?
- Comment accompagner les salariés concernés ?
Ces sujets peuvent être examinés lors de la consultation sur la politique sociale, l’emploi et les conditions de travail.
3. Surveiller les conditions de travail
L’arrivée de nouvelles technologies peut entraîner :
- Une intensification du travail,
- Une surveillance accrue via les outils numériques,
- Une pression de performance liée aux outils d’analyse automatisés.
Le CSE doit être attentif à ces évolutions, notamment au sein de la commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT).

Prévenir le syndrome du survivant dans les entreprises qui adoptent l’IA
Plusieurs actions peuvent limiter les effets négatifs des transformations technologiques.
1. Investir dans la formation
La formation est un levier essentiel pour sécuriser les parcours professionnels.
Les entreprises peuvent mettre en place :
- Des programmes de montée en compétences numériques,
- Des formations aux outils d’IA,
- Des dispositifs de reconversion interne.
Ces initiatives permettent de transformer la peur de la technologie en opportunité d’évolution professionnelle.
2. Associer les salariés aux transformations
Les projets technologiques sont mieux acceptés lorsque les salariés comprennent :
- Les objectifs de l’entreprise,
- Les impacts sur les métiers,
- Les perspectives d’évolution professionnelle.
Une communication transparente contribue à réduire les inquiétudes.
3. Accompagner les équipes après les restructurations
Après des suppressions d’emplois, il est important de :
- Réévaluer la charge de travail,
- Accompagner les managers,
- Mettre en place des dispositifs d’écoute des salariés.
Ces actions permettent de préserver la cohésion des équipes.
Encadré pratique – Signaux d’alerte pour les élus du CSE
Dans un contexte de transformation technologique, certains indicateurs doivent alerter :
- Inquiétudes récurrentes sur l’avenir des métiers,
- Forte pression de performance liée aux outils numériques,
- Démotivation ou désengagement,
- Hausse de l’absentéisme,
- Tensions dans les équipes.
Ces signaux peuvent révéler l’apparition d’un syndrome du survivant lié aux transformations numériques.
Pourquoi le CSE peut se faire accompagner par un expert ?
Les transformations liées à l’intelligence artificielle combinent enjeux technologiques, économiques et sociaux.
Pour les élus du CSE, il peut être utile de se faire accompagner afin de :
- Analyser les impacts réels sur l’emploi,
- Évaluer les conséquences sur l’organisation du travail,
- Identifier les risques psychosociaux,
- Formuler des recommandations.
Un expert peut ainsi aider le CSE à disposer d’une analyse indépendante et argumentée.
Chez CEOLIS, nous accompagnons les CSE confrontés à des transformations technologiques majeures afin d’évaluer leurs impacts économiques, sociaux et organisationnels.

Conclusion
L’intelligence artificielle ouvre des perspectives importantes pour les entreprises, mais elle soulève aussi des enjeux sociaux majeurs.
Les suppressions de postes ou les transformations de métiers peuvent générer un syndrome du survivant chez les salariés restants, avec des conséquences sur la santé au travail et le climat social.
Dans ce contexte, le CSE a un rôle stratégique : anticiper les transformations, analyser leurs impacts et veiller à la protection des salariés.
Votre entreprise met en place des outils d’intelligence artificielle ou prépare une transformation organisationnelle ?
Les experts CEOLIS peuvent accompagner votre CSE pour analyser les impacts sur l’emploi, les compétences et les conditions de travail.
Didier FORNO
CEOLIS
Expert CSE
Publié le 09/03/2026