Six ans après les ordonnances Travail de 2017 et dans un contexte marqué par la crise sanitaire et les mobilisations sociales sur les retraites, le regard des salariés du secteur privé sur les représentants du personnel et les syndicats évolue positivement. C’est ce que montre l’enquête Réponse 2023 menée par la Dares auprès de plus de 30 000 salariés.

 

Une confiance en progression depuis 2017

En 2023, un salarié sur deux (51 %) estime que les représentants du personnel traduisent bien ses aspirations, soit une hausse de 5 points par rapport à 2017. La perception du rôle syndical progresse également : 41 % des salariés jugent les syndicats irremplaçables, contre 37 % six ans plus tôt.

Dans le même temps, les critiques reculent :

  • Les salariés sont moins nombreux à considérer que les syndicats privilégient leurs propres intérêts,
  • Et moins nombreux à estimer qu’ils gênent le fonctionnement de l’entreprise.

Cette amélioration traduit une normalisation progressive du rôle des instances représentatives, désormais largement structurées autour des comités sociaux et économiques (CSE).

 

La présence d’instances représentatives fait la différence

Le regard porté par les salariés dépend fortement du contexte de leur établissement. Dans les entreprises où existent des délégués syndicaux ou des représentants élus, l’opinion est nettement plus favorable :

  • 59 % des salariés dans les établissements dotés de délégués syndicaux estiment que leurs aspirations sont bien représentées,
  • Contre seulement 23 % dans les entreprises sans aucune instance représentative.

Autrement dit, l’absence de représentants nourrit davantage l’indifférence ou le scepticisme, plutôt que l’adhésion.

 

Les grandes entreprises plus favorables à la représentation collective

La taille de l’entreprise joue également un rôle déterminant. Plus l’établissement est grand, plus les salariés reconnaissent l’utilité des syndicats. Dans les entreprises de plus de 500 salariés, la probabilité de juger les syndicats « irremplaçables » est presque deux fois plus élevée que dans les structures moyennes.

Parallèlement, les salariés des grandes entreprises se sentent moins capables de défendre seuls leurs intérêts, ce qui renforce la légitimité de la représentation collective.

 

Des profils globalement proches, avec quelques nuances

Les différences d’opinion selon le sexe ou l’âge restent limitées. Quelques nuances apparaissent toutefois :

  • Les jeunes salariés se montrent plus sceptiques à l’égard du rôle syndical, tout en se sentant plus autonomes,
  • Les cadres portent un regard plutôt positif sur l’efficacité des représentants, mais se montrent plus critiques sur certaines pratiques syndicales.

Sans surprise, les salariés eux-mêmes détenteurs d’un mandat de représentation expriment les opinions les plus favorables.

 

Le point de vue des directions : soutien aux représentants, réserves sur les syndicats

L’enquête interroge aussi les représentants de direction. Près de 8 établissements sur 10 estiment que les représentants du personnel traduisent bien les aspirations des salariés. En revanche, leur appréciation des syndicats est plus partagée : seuls 42 % les jugent irremplaçables, et près d’un sur deux considère qu’ils défendent d’abord leurs propres mots d’ordre.

Les représentants du personnel, eux, expriment une vision nettement plus positive du rôle syndical.

 

Ce qu’il faut retenir

  • La perception des représentants du personnel et des syndicats s’améliore nettement entre 2017 et 2023.
  • La présence effective d’instances représentatives est un facteur clé de reconnaissance et de légitimité.
  • Les syndicats restent discutés, mais leur rôle est de plus en plus reconnu, en particulier dans les grandes entreprises.
  • Une part importante des salariés demeure toutefois sans opinion, signe que la représentation collective reste parfois distante ou mal connue.

Une dynamique encourageante, qui souligne l’importance de la visibilité et de l’ancrage concret du dialogue social dans les entreprises.

Source : Dares, Enquête Reponse 2017 et 2023 – Focus n°1, janvier 2026

Didier FORNO

CEOLIS

Expert CSE

Publié le 22/01/2026