Lorsque les températures grimpent, le confort au travail devient un véritable enjeu de santé et de qualité de vie. Dans les bureaux comme sur les chantiers, de nombreux salariés souhaitent adapter leur tenue vestimentaire aux conditions climatiques. Pourtant, si la chaleur peut justifier davantage de souplesse, elle ne fait pas disparaître les règles applicables dans l'entreprise.
Alors, existe-t-il un droit au short ou aux sandales au travail ? Quels sont les pouvoirs de l'employeur ? Quel rôle le CSE peut-il jouer ? Tour d'horizon des règles à connaître.

La liberté vestimentaire : un principe reconnu mais encadré
En droit du travail, le choix de sa tenue vestimentaire relève de la liberté individuelle du salarié. Aucun texte n'interdit de manière générale le port d'un short, d'un bermuda ou de chaussures ouvertes sur le lieu de travail.
Toutefois, cette liberté n'est pas absolue. L'article L.1121-1 du Code du travail autorise l'employeur à apporter certaines restrictions lorsque celles-ci sont :
- Justifiées par la nature de la tâche à accomplir ;
- Proportionnées au but recherché.
Autrement dit, une entreprise peut imposer des règles vestimentaires dès lors qu'elles répondent à un besoin objectif lié à l'activité exercée.
La jurisprudence a d'ailleurs régulièrement confirmé ce principe. Les tribunaux admettent qu'un employeur puisse exiger une tenue spécifique lorsque celle-ci est nécessaire à la sécurité, à l'hygiène, à l'identification du personnel ou encore à la préservation de l'image de l'entreprise auprès de la clientèle.
Sécurité au travail : une priorité qui limite certaines tenues
Les contraintes vestimentaires sont particulièrement légitimes lorsqu'elles répondent à un impératif de sécurité.
Dans les secteurs industriels, le BTP, la logistique ou encore la maintenance, le port de chaussures de sécurité, de vêtements de protection ou d'équipements spécifiques est souvent obligatoire. Dans ces situations, les sandales, tongs ou claquettes sont incompatibles avec les exigences de prévention des risques professionnels.
Les dangers peuvent être nombreux :
- Chute d'objets lourds ;
- Projections de produits chimiques ;
- Brûlures ;
- Risques de glissade ;
- Blessures mécaniques.
Même en période de canicule, les équipements de protection individuelle (EPI) demeurent obligatoires lorsque les risques l'exigent.

Bureaux et open spaces : davantage de souplesse possible
Dans les environnements de bureau sans risque particulier ni contact direct avec la clientèle, les employeurs disposent généralement d'une plus grande marge de manœuvre.
De nombreuses entreprises assouplissent ainsi leur politique vestimentaire durant l'été en autorisant :
- Le bermuda ou le pantalon léger ;
- Les polos ou chemises à manches courtes ;
- Des matières plus respirantes ;
- Certaines chaussures ouvertes lorsque la sécurité le permet.
L'objectif est double : préserver le confort des salariés tout en maintenant une présentation compatible avec l'activité de l'entreprise.
Cette souplesse peut également contribuer à améliorer le bien-être au travail, la motivation et les conditions de travail lors des épisodes de fortes chaleurs.
Le règlement intérieur : un cadre de référence essentiel
Le règlement intérieur constitue l'outil privilégié pour encadrer les questions vestimentaires.
Il peut notamment prévoir :
- Les tenues obligatoires ;
- Les vêtements interdits ;
- Les équipements de protection à porter ;
- Les adaptations possibles durant la période estivale.
Ces dispositions doivent toutefois reposer sur des critères objectifs et non discriminatoires.
Certaines entreprises choisissent d'intégrer une « tenue d'été » officielle afin d'éviter les interprétations divergentes. Cette démarche permet de fixer un cadre clair tout en répondant aux attentes des salariés.
Canicule : quelles obligations pour l'employeur ?
Au-delà de la question vestimentaire, les épisodes de fortes chaleurs imposent à l'employeur une obligation générale de prévention.
Voir notre article sur le sujet : https://www.groupe-ceolis.fr/actualite/806-risque-chaleur-les-obligations-des-employeurs.html
La tenue vestimentaire peut alors s'inscrire dans une démarche globale visant à limiter les effets de la chaleur sur les salariés.
Quel rôle pour le CSE ?
Le Comité Social et Économique joue un rôle central dans la prévention des risques liés aux fortes chaleurs et dans l'amélioration des conditions de travail.
À ce titre, le CSE peut :
- Formuler des propositions d'adaptation des règles vestimentaires ;
- Être consulté lors de la modification du règlement intérieur ;
- Relayer les difficultés rencontrées par les salariés ;
- Participer à l'évaluation des risques liés aux températures élevées ;
- Proposer des mesures de prévention adaptées aux réalités du terrain.
Le dialogue social permet souvent de trouver des solutions équilibrées conciliant confort, sécurité et exigences professionnelles.
Trouver le bon équilibre entre confort et image professionnelle
L'autorisation d'une tenue plus légère ne signifie pas l'absence de règles. Chaque entreprise doit trouver un équilibre entre :
- Le respect des libertés individuelles ;
- Les impératifs de sécurité ;
- Les attentes des clients et partenaires ;
- L’image professionnelle de l'organisation.
La mise en place d'une charte vestimentaire estivale, élaborée en concertation avec les représentants du personnel, constitue souvent une solution pragmatique et consensuelle.

En conclusion
Il n'existe pas de droit automatique au short, aux sandales ou aux claquettes sur le lieu de travail. En revanche, les salariés bénéficient d'une liberté vestimentaire qui ne peut être limitée que pour des raisons objectives et proportionnées.
Face aux épisodes de chaleur de plus en plus fréquents, les entreprises ont tout intérêt à adapter leur organisation et à engager le dialogue avec les salariés et leurs représentants. Le CSE peut alors devenir un acteur clé pour concilier santé au travail, qualité de vie et performance collective durant la période estivale.
Didier FORNO
CEOLIS
Assistance du CSE
Publié le 08/06/2026